Dans un quartier de Paris le soir,
Jean Duchemin habitait dans un petit studio, calme et tranquille, au septième étage d’un bel immeuble pierre de taille, du VIIe arrondissement de Paris.
Une vie plate et sans surprise jusqu'au jour où tout bascula. Il rentrait d’une soirée d'enfer dans une de ces boîtes gay des Champs Elysées à quatre heures du matin. Fatigué et sans aucune envie de monter les 7 étages à pied, il prit l'ascenseur pour se rendre au plus vite dans son petit studio.
Dès qu’il arriva devant sa porte il entendit un bruit de pas délicats qui montaient les marches. Quelqu'un avait décidé de monter les étages à pied, - et voilà une qui a du courage - se dit-il assumant que ça ne pouvait être qu’une femme. Curieux, il regarda par l’entrebâillement la belle fille qui venait de frapper à la porte de son voisin. Taille moyenne, cheveux longs châtains, la jeune femme était trop maquillée. Sa taille fine était cachée par un grossier imperméable vert et elle portait des escarpins à petits talons sur un petit 38.
La porte s'ouvrit et la fille se précipita brusquement dans l'appartement. La porte se referma derrière elle.
Il ferma sa porte et se dirigea vers son lit. N'arrivant pas à dormir, il entendit des bruits dans le couloir. Ne pouvant résister à la curiosité, il se leva et alla regarder ce qu’il se passait. La belle fille venait juste de quitter l'appartement de son voisin en laissant la porte entrouverte. Il attendit environ 5 minutes, la porte étant toujours ouverte, il se dit qu’il valait mieux prévenir son voisin pensant qu'il s'agissait d'un simple oubli.
Il portait un tee-shirt avec le drapeau américain sur fond rouge et bermuda en jeans GAP. Il sortit de son appartement et alla frapper à la porte entrouverte et attendit. Soudain une jeune fille brune, cheveux très courts, aux yeux vert-olive, et au rouge à lèvres noir, apparut à la porte et lui dit...
- Vous désirez ?
- Excusez-moi - répondit-il – votre porte était ouverte et je voulais vous prévenir. Il ne croyait pas à ses yeux.
- Merci
Et elle ferma la porte.
Intrigué Jean entra chez lui. Qui était son voisin ou plutôt sa voisine, il ne l’avait jamais vu, il ne savait même pas depuis quand ils étaient voisins et elle était toute nue.
Jean était un jeune homme très discret, issue d’une famille modeste, il était l’enfant unique d’un cheminot et d’une fleuriste. Le jour il était comptable dans la société « Marchand & Fils », le soir il arpentait les clubs gay de la capitale.
Jean ne se sentait pas homosexuel mais il recherchait en quelque sorte la présence de ces hommes autour de lui. Il n’avait eu jusqu’à présent que deux relations. La première était Lucie une camarade de faculté aux mœurs un peu trop délurées et la deuxième avec Yann un jeune homme qu’il avait rencontré dans un des clubs qu’il fréquentait. On pourrait dire que cette deuxième expérience fut sa première histoire d’amour bien qu’elle fut de courte durée, deux semaines pour être exacte, mais Jean les considérait comme de bonheur et de découverte.
Jean n’était pas homosexuel, si on lui demandait il répondait « je recherche l’absolu », l’absolu c’était tout et n’importe quoi et Jean était un jeune homme très curieux.
Peut être que fréquenter les clubs gays lui servait d’excuse pour ne pas affronter le monde extérieur. Dans un pays programmé et dit civilisé on n’a pas le droit de vivre à sa guise, au contraire, on doit absolument suivre un ordre de vie dictée par la société, et ceux qui ne le font pas, sont mis de côté. Il ne voulait ni connaître le mépris des autres ni être ce qu’il appelait « un mouton ».
Il allait vers une vie normale comme ses parents, famille et amis, laquelle il essayait désespérément de fuir, apparemment, sans succès.
Il savait qu’éventuellement il allait rencontrer la femme de sa vie, comment il ne le savait pas. Une femme qui frapperait à sa porte et qui ressemblerait plutôt à sa mère. Une femme autoritaire, de forte taille, avec une poitrine exubérante et un joli visage rose et rond contrastant avec ses grands yeux vert émeraude et bien sûr blonde, qui d’un seul regard ferait craquer n’importe quel homme, même le plus dur, comme disaient tous ces amis.
Elle serait aussi courageuse, sans pitié et sans peur de l’avenir, peur de rien même de contredire son époux quand il le faudrait, mais surtout une femme qui aimerait les fleurs pour l’amour des fleurs, pour s’en occuper et les voir mourir d’une morte lente et douce comme toutes les fleurs, et pas pour l’amour d’un travail mal payé comme sa mère. Une femme complètement indépendante qui n’aurait besoin d’un homme que pour faire face au monde civilisé qui exigeait d’elle un mari et gosse. En réalité, elle ne révérait que tout simplement de satisfaire ce monde, sans aucune raison apparente à part le fait de suivre ce que faisait tout le monde, comme les animaux.
Finalement il aurait un foyer, une femme et deux enfants ou peut être trois, si ses amis l’auraient décidé à sa place car deux ce ne serait pas bien pour la bonne santé psychologique de ses deux enfants, et il finirait comme tous les « moutons ».
Il s’achèterait un pavillon dans une banlieue chic pas très loin de Paris et le paierait en 30 ans n’importe, avec un crédit d’enfer, à un taux incroyable, après avoir cherché auprès de 12 banques ou plus, celle qui lui accorderait le meilleur prêt.
Il s’engagerait pour toute une vie, pas seulement avec le pavillon mais aussi avec la réalité de son pays civilisé, épouse et enfants et les enfants sont pour la vie. « Les Grandes Ecoles » cela coute cher et pour trois il faudrait y économiser.
Le pavillon sa fierté et sa gloire, avec ses fleurs multicolores sous les fenêtres de la face avant et son jardin bien entretenu. Bien entendu ce pavillon reviendrait à ses héritiers, femme et enfants. Pas de répartition prévue, pas de divorce, mariage à l’ancienne, jusqu’à la mort.
Il serait fier d’annoncer la nouvelle à tout le monde, en spéciale à ses parents car sans leur argent il n’aurait pu l’acheter. Quelle bonne affaire, l’affaire du siècle. Un pavillon avec quatre chambres, un grand salon et surtout une cheminée dernier cri. Cela ferait l’envie de tous ses voisins et même ses amis et peut sa famille. Ce serait un sujet de conversation pendant des années, qui ça soit au travail où il passerait plus de la moitié de sa vie, ou dans les soirées conviviales avec amis, au détriment de ses enfants déjà âgés de 2 ans, 4 ans ou 6 ans.
Un pavillon pas tout à fait comme les autres, comme si un pavillon pouvait être différent. Différent peut être dans sa tête, dans sa façon de le voir. Un pavillon avec garage, deux places pour les voitures, une de sport et une familiale, de préférence un « espace » c’est que lui demanderait sa femme et en plus, vert ou rouge flash.
Une piscine qui serait utilisée seulement un mois sur douze si le soleil leur ferait un cadeau; un jardin pour les barbecues de dimanche avec toute la famille de sa femme adorée ; un gros Saint-Bernard pour le promener tous les soirs dans le seul but d’avoir quelques moments d’intimité et de silence. Moments sacrés pour lui, où il se retrouverait seul et aurait le temps de réfléchir à tout ce qu’il avait fait, et le fait qu’il n’aurait plus le moyen de revenir en arrière.
Dans ses moments de solitude, il profiterait surtout pour s’éloigner de sa mégère femme adorée, avec laquelle il ne ferait plus l’amour depuis la naissance de son dernier enfant, Benjamin, mais aussi réfléchirait à comment faire en sorte de couvrir tous les mois son découvert, car les salaires du couple et les allocations ne seraient suffisantes pour faire face à toutes les dépenses qui grandissaient jour après jour, comme une boule de neige.
Il envisagerait un suicide comme forme de se débarrasser du fardeau. La somme importante de son assurance vie couvrirait toutes les dépenses, faciliterait la vie de sa femme et surtout garantirait l’avenir de ses peut être trois enfants, le pavillon, les « Grandes Ecoles ». Encore une fois il prendrait comme exemple la formule courante de son monde civilisé. Il aurait enfin rempli les taches pour lesquelles il est venu au monde et mourrait en paix. Souvenirs, rien que des bons souvenirs de lui, une belle couronne et quelques jolis mots sur sa tombe : « A Jean, qui a tout donné sans jamais réclamé. Un bon père, bon fils, bon mari, qu’il soit finalement en paix, et qu’il ne regrette jamais la vie de mouton qu’il l’a bien mérité »
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Lene Machado
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